Le 2 août 2026 devait être le grand rendez-vous réglementaire de l’IA en Europe. Cinq jours avant l’échéance, un règlement publié au Journal officiel en a déplacé la plus grosse partie. Ce qui reste applicable concerne pourtant chaque organisme de formation, chaque formateur et chaque apprenant. Démêlons le vrai calendrier.
Depuis novembre 2022, le savoir se génère à la demande. La question n’est plus de savoir si l’IA entre en formation, elle y est. La question devenue urgente, c’est dans quel cadre. Et ce cadre vient de bouger deux fois en une semaine.
Le calendrier démêlé : ce qui s’applique, ce qui attend
Le 27 juillet 2026, le règlement (UE) 2026/1744, dit « Digital Omnibus IA », a été publié au Journal officiel de l’Union européenne. Sa conséquence la plus lourde pour notre secteur : les obligations relatives aux systèmes d’IA à haut risque de l’annexe III, qui couvre l’éducation et la formation professionnelle (admission, évaluation, surveillance d’examens, orientation), sont reportées du 2 août 2026 au 2 décembre 2027.
Trois blocs restent en revanche bien réels.
D’abord, les obligations de transparence de l’article 50 s’appliquent depuis le 2 août 2026, comme le détaille la FAQ de la Commission européenne : un système d’IA qui interagit avec une personne doit se déclarer comme tel, les contenus synthétiques (texte, image, audio, vidéo) doivent être marqués de façon lisible par machine, les deepfakes étiquetés. Une période de grâce court jusqu’au 2 décembre 2026 pour le marquage des systèmes mis sur le marché avant le 2 août. Précision qui rassurera les équipes pédagogiques : l’étiquetage visible des textes vise les publications d’intérêt public diffusées sans contrôle humain ; un texte relu, corrigé et publié sous responsabilité éditoriale n’a pas à être étiqueté.
Ensuite, les pratiques interdites le sont depuis février 2025. Parmi elles, la reconnaissance des émotions « dans des situations liées au lieu de travail et à l’enseignement ». Centre Inffo souligne une zone grise : le texte de l’interdiction parle d’« enseignement » là où l’annexe haut risque nomme explicitement la formation professionnelle. Prudence donc, mais la direction est sans ambiguïté.
Enfin, la sensibilisation des équipes aux systèmes d’IA qu’elles utilisent reste attendue. Le Digital Omnibus l’a allégée, il ne l’a pas supprimée.
Directions : 16 mois pour structurer en pilote plutôt que sous contrainte
Pour un organisme de formation ou un CFA, la tentation est réelle : dossier reporté, dossier rangé. Ce serait confondre sursis et dispense.
Les obligations reportées à décembre 2027 sont les plus structurantes : elles toucheront vos systèmes d’admission, d’évaluation et de suivi. Seize mois, c’est le temps qu’il faut pour cartographier les usages, choisir ses outils, former un référent et documenter ses choix. Pas en marge des équipes : avec elles.
On retrouve la mécanique observée avec la révision de Qualiopi attendue au 1er novembre : les organismes qui préparent le terrain avant l’échéance transforment une contrainte d’audit en avantage de marché. Ce qui est structuré par choix se défend mieux que ce qui est rattrapé sous la pression.
Première marche concrète : la cartographie des usages IA de votre structure. Quels outils, utilisés par qui, pour quoi, avec quelles données. Elle tient souvent sur une page et suffit à situer chaque usage dans le calendrier ci-dessus. C’est aussi la pièce qu’un auditeur, un financeur ou un client vous demandera en premier.
Formateurs : la transparence, un geste pédagogique avant d’être une obligation
En octobre 2025, l’université Paris-Saclay a adopté en conseil d’administration une charte d’usage de l’IA générative, co-construite par son comité numérique, sa DSI et l’institut DataIA. Parmi ses six pratiques : la transparence sur les usages d’IA dans les productions, pour tous les publics, étudiants comme personnels.
Dix mois plus tard, cette pratique volontaire est devenue une obligation européenne. Les équipes qui l’avaient adoptée par conviction n’ont rien eu à rattraper. C’est le même chemin que l’université de Sydney avait pris sur l’évaluation : la conviction d’abord, la conformité en sous-produit.
Mon regard d’ingénieure pédagogique : la transparence n’est pas une charge administrative, c’est un geste professionnel qui enseigne. Nous demandons à nos apprenants de citer leurs sources depuis toujours. Indiquer qu’un support a été coproduit avec une IA, annoncer un chatbot dès la première interaction, écrire noir sur blanc quand l’IA est admise dans un travail et comment la déclarer : trois gestes qui joignent le geste à la parole, sans changer d’outil.
Apprenants : le droit de savoir, la compétence de déclarer
Côté apprenants, l’article 50 crée un droit simple : savoir quand on interagit avec une machine et quand un contenu a été généré. Dans un quotidien saturé de contenus synthétiques, ce marquage devient un repère.
Mais le miroir est plus intéressant que le droit. La règle que la série défend depuis des semaines, réfléchir seul d’abord, l’IA ensuite, à découvert, est devenue la norme européenne appliquée aux outils eux-mêmes. La transparence joue dans les deux sens : les machines se déclarent, l’apprenant déclare ses usages.
Il y a là une compétence d’employabilité qui ne dit pas encore son nom. Les entreprises qui déploient des chatbots ou publient des contenus générés sont soumises aux mêmes obligations. Un alternant qui sait tracer ses usages, les expliquer à l’oral et repérer un contenu non déclaré apporte une compétence que son entreprise est en train de chercher.
Et maintenant ?
Cinq pistes pour transformer ce calendrier en plan de travail.
- Cartographier les usages IA de votre structure sur une page : outils, utilisateurs, finalités, données. C’est le socle de tout le reste.
- Mettre vos contenus en règle : mention sur les supports coproduits avec IA, annonce des chatbots, vérification du marquage chez vos prestataires (la grâce court jusqu’au 2 décembre 2026 pour l’existant).
- Écrire la consigne apprenants : quand l’IA est admise, comment la déclarer, comment elle sera regardée dans l’évaluation.
- Nommer un référent qui suit le calendrier (2 décembre 2027 pour le haut risque) et fait le lien avec la préparation Qualiopi.
- Garder la trace de vos choix : chaque décision documentée aujourd’hui est une preuve d’audit demain.
La réglementation ne fera jamais une bonne formation. Mais elle vient de donner raison à ceux qui travaillent à découvert. Autant en profiter pour le faire par conviction.
Et si vous voulez situer votre organisme dans ce calendrier, écrivez-moi, on regarde ensemble.
Sources de l’article
- Règlement (UE) 2026/1744, Journal officiel de l’UE, 27 juillet 2026 : https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2026/1744/oj/eng
- Commission européenne, FAQ « Transparency obligations under Article 50 » : https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/faqs/transparency-obligations-under-article-50-ai-act
- Centre Inffo, « IA Act : entrée en application des premières mesures » : https://www.centre-inffo.fr/site-droit-formation/actualites-droit/ia-act-entree-en-application-des-premieres-mesures
- Université Paris-Saclay / Institut DataIA, adoption de la charte d’usage de l’IA générative (octobre 2025) : https://www.dataia.eu/actualites/adoption-de-la-charte-dusage-de-lia-generative-luniversite-paris-saclay



